Excerpt for Les jardins d'Aphrodite #1-Perséphone by Anne de Gandt, available in its entirety at Smashwords

LES JARDINS D’APHRODITE

Perséphone

Anne de Gandt

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Smashwords Edition

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Published by:

Anne de Gandt at Smashwords

LES JARDINS D’APHRODITE / PERSÉPHONE

Copyright © 2010 by Anne de Gandt

Cover design and photography by Anne de Gandt

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Also by Anne de Gandt, published at Smashwords:

V.I.T.R.I.O.L.

DÉCADES

MIRAGES

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Cassandre : compagne de Déméter

Déméter : compagne de Cassandre

Perséphone : fille d’Ysée et de Baltus

Aphrodite : amante d’Otterley

Otterley : amante d’Aphrodite

Eumène : soupirante

Baltus : père de Perséphone

Ysée : mère de Perséphone

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PREMIÈRE PARTIE

Acte I, scène 1

Cassandre, Déméter, à une terrasse de café, Perséphone

Déméter

Crois-tu qu’elle va venir ? Cette attente me ronge le cœur.

Cassandre

Rassure-toi, la voici.

Perséphone

J’accours, un sentiment furieux me traverse, je cherche, en vain, à vous joindre depuis ce matin, mais le temps se joue de ma ferveur. Enfin, me voilà ! Votre vision adoucit ma peine, que j’ai grande depuis quelques semaines !

Déméter

Parle-nous à cœur ouvert, ne reste pas dans la douleur. Tant de mois se sont écoulés depuis que nous nous sommes quittées !

Cassandre

Le temps passe, en effet. Quelle est ta peine, mon amie ? Est-ce ton cœur qui saigne ? Brûles-tu d’amour, ou de haine ?

Perséphone

Je reviens des Enfers et ne vois pas le monde. Cela m’est odieux et j’en voudrais mourir ! J’ai beau regarder, je n’aperçois que tourments et colère. De l’amour véritable, n’entends point le nom.

Déméter

L’amour est un secret qui se murmure, Perséphone, l’aurais-tu oublié ?

Perséphone

De toute mon ardeur, brève et féconde, de tout mon cœur, je ne désire que cela ! Je le cherche, du pâle matin d’hiver au feu brûlant de l’été. J’en suis assoiffée mais n’en trouve point le goût. Son silence me glace. J’ai froid le jour, j’ai froid la nuit.

Cassandre

L’alchimie des sentiments est un creuset obscur où se meuvent nos désirs comme nos langueurs. Il vit en un lieu secret et se donne quand le regard ne s’aveugle plus.

Déméter

N’entends-tu point ce chuchotement qui renverse l’âme et pétrifie le cœur ? Es-tu certaine de bien chercher ?

Perséphone

Que faut-il faire pour rompre cet infernal sortilège ? Je me sens si seule ! Je pars à sa rencontre, cherche son visage, mais ne trouve que poussières. Où se cache-t-il ? Pourquoi suis-je aveugle à son éclat ?

Cassandre

Tes yeux sont-ils ouverts comme tu le prétends ? Ne les as-tu point fermés et tu l’ignores?

Perséphone

Comment le saurais-je ? Comment reconnaître la lumière de l’ombre ? Ah, aidez-moi, je vous en prie, ne me laissez pas seule avec ce tourment. Je n’en puis plus, ma vie n’a pas de sens !

Déméter

Comment t’aider, chère Perséphone ? Que pouvons-nous faire ? As-tu seulement idée de ce que tu demandes ?

Perséphone

J’ai la volonté et la ferveur. Je n’ai pas peur. Que la flèche passionnée de l’amour brise les murs de ma citadelle et me libère ! Qu’enfin je vive ! Qu’enfin j’aime et sois aimée en retour ! Ah oui, mes amies, mes fidèles, montrez-moi le chemin !

Elle s’absente.



Acte I, scène 2

Cassandre, Déméter

Cassandre

Crois-tu qu’elle réalise ?

Déméter

Je l’ignore, Cassandre et suis très inquiète. Sa fureur semble forte. Trop, peut-être.

Cassandre

C’est un voyage dangereux, peut-on lui refuser ?

Déméter

Il serait lâche de la laisser ainsi. Elle souffre, à n’en point douter, et me fait peine. Comment lui expliquer ?

Cassandre

Il n’y a rien à expliquer, Déméter et tu le sais. Pas de carte, pas d’itinéraire. Seulement des signes, furtifs, subtils, éphémères. Où se cachent la passion volatile comme l’amour véritable. Car elle aime, n’est-ce pas ?

Déméter

Assurément ! Mais ce feu la dévore tout entière. Sais-tu de qui il s’agit ?

Cassandre

Je l’ignore. Mais cette erreur peut lui être fatale. Attention, la revoici !



Acte I, scène 3

Cassandre, Déméter, Perséphone, de retour

Perséphone

Alors, mes amies, allez-vous m’aider ? Me sortir de la peine ? Me montrer la lumière ?

Cassandre

Perséphone, aimes-tu ?

Déméter

Quelqu’un qui, peut-être, ne t’aimerait pas en retour ?

Perséphone

Comment savez-vous ? Cela se voit-il tant ? Ah, grands dieux, j’essaie de cacher ce qui me consume, en vain ! Eh bien oui, je ne puis me taire plus longtemps, j’aime ! Cela me torture et me déchire le cœur ! Je brûle, me consume et chavire dans le même temps. Je ne puis me confier, par crainte du ridicule.

Cassandre

Ridicule ? Mais de quoi parles-tu, ma chère ? Aimer n’est pas ridicule, c’est le contraire qui l’est.

Déméter

Quelle honte t’étreint donc ainsi ? L’interdit est-il si grand que tu ne puisses parler ? Allons, du courage ! Tu nous disais à l’instant que tu étais sans peur.

Perséphone

Cela est vrai, je ne redoute pas de parler… ce qui me ronge est impossible à décrire. J’aime… non, je ne puis. Ce serait détruire ce qui me fait vivre. Déconstruire ma forteresse, abattre les murs de mon secret. Vous vous moquerez, j’en suis sûre.

Cassandre

Crois-tu que ta faiblesse et ton tourment nous amusent ?

Déméter

Ne nous fais pas cruelles, chère Perséphone. Ce serait déshonorer la confiance que tu nous accordes.

Perséphone

Vous avez raison. Mais lorsque je veux parler, les mots se bousculent et sortent de ma bouche de manière irraisonnée. Cela me rend folle, c’est pourquoi je préfère me taire.

Cassandre

Souffres-tu ? Est-ce une douleur qui te réveille la nuit, te surprend le jour, te plonge dans une langueur à laquelle tu voudrais échapper, sans y parvenir ?

Perséphone

Oui, c’est cela ! Je défaille en sa présence mais la réclame de tout mon cœur. Sa vue me fait pâlir, sa présence me brûle ou me glace. Moi qui aime tant contrôler, voici que mes sens m’échappent et se jouent de moi. Je voudrais m’abandonner, mais ne le peux. Je suis déchirée entre la vérité et un mensonge que je ne puis supporter.

Déméter

Il est temps de parler, ma chère. Ce cœur est décidément trop lourd.

Cassandre

Parle, Perséphone, ne reste pas dans le silence.

Perséphone, apercevant une silhouette au loin

Doux Jésus ! Je meurs, mes amies, cachez-moi à ce regard !

Déméter, se retournant dans un sourire

Perséphone, dis-moi, aimerais-tu le sexe faible ?

Cassandre, souriant à son tour

Voilà la raison du ridicule… Tu aimes une femme, ma chère et cela t’emplit de honte ?

Quel curieux sentiment, n’est-ce pas, d’être troublée par ce que l’on croyait ne pas aimer.

Perséphone

Pourquoi dis-tu cela ?

Cassandre

La honte que tu éprouves est le droit chemin qui mène au reniement. De quoi as-tu honte ? D’aimer une femme ? Qu’elle ne t’aime pas ? Les deux ? Sois juste, ne te trahis pas.

Déméter

Il est trop tard de toute façon.

Perséphone

Je l’aime, oui, cela est vrai ! Mais je m’interdis de parler. Je songe à elle, son image m’obsède, ses paroles me traversent, son regard me transperce. Elle éclaire mes nuits et colore mes jours. Cela devrait me suffire, contenter ce cœur qui respire ! Grande est ma détresse, farouche mon désespoir, plus importants encore sont mes espoirs.

Cassandre

Lui en as-tu fait part ?

Perséphone

Oh non, mon dieu non ! Comment voudriez-vous…

Déméter

Lui déclarer ta flamme ?

Perséphone

Vous vous moquez.

Cassandre

Des interdits de l’amour je n’en connais que deux et celui-ci n’en fait point partie. Dis-moi, Perséphone, pourquoi ne parles-tu point ?

Perséphone

Ce serait rompre ce lien précieux ! Détruire ce rêve, je n’en n’ai point envie. Je choisis l’illusion de l’amour à son ardeur véritable, peu m’importe la vérité. Coupable je suis de ma traîtrise et de ma lâcheté. Mais je ne puis que mentir pour survivre à ce feu !

Déméter

L’aimes-tu pour ce qu’elle fait naître en toi ou pour ce qu’elle est ?

Cassandre

La plus grande illusion de l’amour est sans doute la passion.

Perséphone

Je l’ignore, mes amies, que répondre à cela ? Je la regarde sans qu’elle me voie. Sa beauté m’emporte ! Mais je demeure seule avec ce secret. L’amour n’est rien s’il n’est partagé. Mais la voici qui approche, mon dieu, cachez-moi ! Elle s’enfuit.



Acte I, scène 4

Cassandre, Déméter, Aphrodite

Aphrodite

Pardonnez-moi si je vous importune, mais connaîtriez-vous la jeune femme qui vient de vous quitter ? Je la cherche depuis plusieurs jours, en vain.

Déméter

Oui. Nous sommes amies.

Cassandre

Que pouvons-nous faire ?

Aphrodite

J’aurais souhaité connaître son nom. Nous nous sommes croisées, sans nous parler. Est-elle partie ?

Cassandre, à voix basse

Envolée, plutôt. Plus fort. Elle va revenir. Voulez-vous l’attendre ?

Aphrodite

Malheureusement, je ne puis. Le temps presse. Dites-lui que je cherchais à la voir. Mon nom est Aphrodite.

Déméter

Entendu.

Aphrodite

Merci, au revoir !

Cassandre

Peux-tu me dire où est Perséphone ?

Déméter, dans un sourire

La revoici.



Acte I, scène 5

Cassandre, Déméter, Perséphone

Perséphone

Ah mes amies, quelle peur ! J’ai cru mourir !

Déméter

Où diable étais-tu passée ?

Cassandre

Partie rejoindre tes mirages ?

Perséphone

Ah, je t’en prie, Cassandre, ne te moque point. L’avez-vous vue ? Lui avez-vous parlé ? Comment est-elle ? Vous a-t-elle dit son nom ?

Cassandre

Perséphone, c’est à elle qu’il faut poser ces questions !

Déméter

Elle cherchait à te voir, ma chère.

Perséphone

Oh, mon pauvre cœur ! Je ne puis survivre à cela ! M’aiderez-vous ? Que vais-je faire ? Je défaille, une fois encore.

Cassandre, ironique

Pas de pamoison entre nous.

Déméter, dans un sourire

Allons, un peu de compassion.

Cassandre

Tu as raison. Nous en diras-tu un peu plus ?

Perséphone

Je ne puis, car ne sais rien d’elle ! Nous nous sommes rencontrées il y a quelques jours lors d’un dîner et depuis son image me hante. J’ai le mal d’amour, le mal d’aimer, le mal tout court. Je suis écartelée entre l’envie féroce de lui parler et un silence obstiné. Quiconque l’approche me rend folle. Je suis prête à me battre pour elle ! Mourir ou vivre, peu m’importe !

Cassandre

Amoureuse, assurément.

Déméter

Indéniablement.

Perséphone

Ah, cessez de me torturer ainsi ! Vous, mes amies, je vous en prie, aidez-moi à sortir de ce tourment !

Déméter

Elle voulait connaître ton nom.

Perséphone, inquiète

Le lui avez-vous donné ?

Cassandre

Rassure-toi, nous avons été discrètes. Nous lui avons dit que nous étions amies. N’est-ce pas Déméter ?

Déméter

Pas un mot de plus.

Perséphone

Et maintenant ? Que faut-il que je fasse ?

Cassandre

Ne veux-tu point essayer de lui parler ? Il n’y pas de honte à se livrer.

Déméter

Comment sauras-tu si tu n’essaies pas ?

Perséphone

J’ai tellement peur ! Je suis une ombre, quand elle resplendit dans ma lumière !

Cassandre

Sainte Vierge, protégez-nous. Elle recommence.

Déméter

Perséphone, ressaisis-toi ! Cassandre, aide-la.

Cassandre

Bon. Très chère, répondez-moi. L’aimez-vous ?

Perséphone

Oui.

Cassandre

Alors, levez-vous et allez vous présenter avant qu’elle ne parte, ou je vais la chercher.

Perséphone se lève et, tremblante, s’éloigne.

Déméter

Comme cela, sans transition ?

Cassandre

Que voulais-tu que je fasse ? Il faut bien vivre, il faut bien mourir !



Acte I, scène 6

Perséphone, Aphrodite

Perséphone

Je cherchais à vous voir.

Aphrodite

Je suis heureuse de vous revoir.

Perséphone

Vous me paraissez si lointaine.

Aphrodite

Suis-je la cause de ce trouble ?

Perséphone

Délivrez-moi de la douleur. Approchez-vous, parlez-moi d’amour. Faites taire le doute.

Aphrodite

Je…

Perséphone

Vous…

Silence.

Aphrodite

Sortons.

Perséphone

Emmenez-moi où vous voudrez.



Acte I, scène 7

Cassandre, Déméter

Déméter

Les voilà parties. Notre amie est bouleversée !

Cassandre

L’amour, toujours, nous fera tourner la tête. Je suis quand même inquiète.

Déméter

Cette ardeur serait trompeuse ?

Cassandre

Ma chère, vous m’embarrassez… Ah, mais revoilà notre protégée !



Acte I, scène 8

Cassandre, Déméter, Perséphone

Perséphone

Mes amies, la vie est belle ! J’aime et suis aimée ! N’y a-t-il rien de plus beau ?

Déméter

Quelle heureuse nouvelle !

Perséphone

Le gris qui ternissait mes nuits s’envole et voici qu’en mon sein surgit la lumière.

Cassandre

L’amour est une douce chose. Je me réjouis de la joie qu’il fait naître chez une amie. Ma chère, je suis heureuse !

Perséphone

Elle est la lumière, mon ardeur profonde, elle éclaire mes nuits et rend ma vie nouvelle. Ah mes amies, laissez-moi vous embrasser !

Elle se lève et embrasse Cassandre et Déméter.

Cassandre

Grand dieux, quelle fougue !

Perséphone

Ne parliez-vous point de liberté ?

Déméter

Je suis gênée.

Cassandre, dans un sourire

Peu importe la raison. Celle du cœur prévaut toujours.

Déméter

Sortons, voulez-vous ? Je n’en puis plus de ne pas bouger.

Perséphone

Allons nous promener !

Cassandre

Bonne idée. Venez !

Les trois femmes se lèvent et sortent.

***

Acte II, scène 1

Cassandre, Déméter, Perséphone, dans un jardin ombragé

Déméter, observant Perséphone qui marche gaiement devant elle

Son élan me trouble. Cette exaltation a le charme trompeur des histoires passionnées.

Cassandre

Que la fatale ardeur pourrait consumer. Nous tromperions-nous ?

Déméter

Je l’ignore. Quelque chose éveille en moi la suspicion.

Cassandre

Son assurance ?

Déméter

Sa rapidité.

Cassandre

Laissons le temps au temps. Il faut bien se rencontrer.

Déméter

Feu et flamme ne sont pas une seule et même chose, tu ne l’ignores point.

Cassandre

En effet. L’aiderons-nous ?

Déméter

Malheureusement, nous ne pouvons qu’observer. Comparées à sa ferveur, nos recommandations sont sans valeur.

Cassandre

Mais le feu, l’amour, les émotions ?

Déméter

Traîtres signes de la passion comme lueurs d’un sentiment véritable. Je ne sais dire.

Cassandre

Où donc est-elle passée ? La vois-tu ?

Déméter

Mon dieu, la revoici mais elle semble bouleversée !



Acte II, scène 2

Cassandre, Déméter, Perséphone

Perséphone

Ah mes amies, cela est affreux ! Mon cœur saigne, ma douleur est intolérable ! Une flèche en mon sein vient de se figer et me fait mourir.

Cassandre

Que se passe-t-il, Perséphone, parle !

Perséphone

Mon cœur, mon pauvre cœur… Les cieux en sont témoins, vient de m’être arraché. Ô cruel destin ! Je suis éconduite sur les rivages malheureux de l’infortune et du déclin ! Pourquoi fallait-il qu’à l’amour trompeur je m’attache ? Suis-je haïe des dieux pour subir pareil tourment ? Délivrez-moi de la souffrance ! Chassez la peine et la fureur qui m’égarent ! Je suis victime de l’ironie du ciel, car elle aime ailleurs !

Déméter

Déjà ?

Cassandre

Que veux-tu dire ?

Perséphone

Je l’aperçus ici même en compagnie d’une autre, enlacées toutes deux au creux de leur ardeur. L’horreur me glace, la stupeur me fige, la trahison me soulève, la colère exulte. Mon sang se retire, je pâlis, prête à défaillir. Mon impuissance me fit vaciller, je m’enfuis, désespérée.

Déméter

Es-tu certaine ?

Perséphone

Le doute, hélas ! n’est point permis. Ce que je vis était la réalité d’une horreur fugace, doublée d’une trahison tenace. C’est plus que je n’en puis supporter. Ôtez-moi la vue et les sens, que jamais plus je n’endure une telle souffrance ! Arrachez-moi ce fourbe cœur qui me déporte vers l’effroi ! Je meurs, mes amies, ne me retenez point ! Pâle est la raison, insipide la consolation. Laissez-moi, je vous en conjure, à ce funeste sort qui est le mien !

Déméter

Ne torture point ce cœur qui souffre déjà. Accepte notre compagnie et ne nous renvoie point.

Cassandre

La solitude ne te sera point consolatrice, crois-moi. N’assombris pas le monde, chère enfant, plus qu’il ne l’est déjà.

Perséphone

Comment voir la lumière quand je ne suis qu’ombre ? Non, mes amies, vous ne pouvez rien, cruelle est cette vie qui se joue de ma foi ! Je n’en veux plus, laissez-moi. C’est ainsi que je vis, c’est ainsi que je meurs !

Elle s’enfuit.



Acte II, scène 3

Cassandre, Déméter

Cassandre

Cruel destin !

Déméter

Féroce amour, pourquoi te dérobes-tu toujours ? Regarde cette amie éplorée ! Vois notre impuissance !

Cassandre

L’illusion de l’amour est plus répandue que son art véritable, hélas, il est vrai.

Déméter

Quelle souffrance !

Cassandre, dans un soupir

Tu as raison.

Déméter

Mon sang bouillonne de fureur ! Comment peut-on ?

Cassandre

Infliger tant de mal  à l’innocence? Je l’ignore. Mais qui est coupable ?

Déméter, surprise

Que veux-tu dire ?

Qui dans sa fougue s’est aveuglée ? Sourde à nos paroles est restée ? Est-il juste ou injuste de voir la vérité ?

Déméter

Comment peux-tu dire cela ? Vois sa douleur !

Cassandre

C’est l’illusion qui la fait souffrir, point ce qu’elle vit. L’objet de son amour l’a-t-elle trompée, sont-ce les sentiments qui l’enivrèrent ? Aurait-elle accepté de ne pas être chère ?

Déméter

Tu dis vrai, mais je suis triste pour elle. De l’obscurité, je voudrais qu’elle voit la lumière.

Cassandre

Rares sont les yeux qui s’ouvrent à elle.

Déméter

Ces jardins sont bien sombres tout à coup.

Cassandre

Désenchantement des sentiments assombrit cœur et sens, mon amie.

Déméter

Partons, veux-tu ? Allons la chercher.

Cassandre

Oui, retrouvons ce cœur éperdu, avant que le désespoir, bourreau des âmes en peine, ne fasse son office. Dépêchons-nous !



Acte II, scène 4

Perséphone, seule

La douleur étreint ma chair ! Je ne puis survivre à ce nouveau mal. Je me glace et me consume, me perds dans la haine de cette vie dépourvue de sens ! La rage obscurcit mon regard, je ne vois qu’ombres furieuses ! La solitude et la compagnie me font horreur, mes nuits sont interminables, brûlées par le chagrin d’une perte irrémédiable ! Je perds la folle flamme de mon ardeur, ne suis que cendres ! Aidez-moi, mes amies, adoucissez mon chagrin ! Hélas ! Vous n’êtes point là et je reste seule avec ma détresse. Le trouble qui m’enserre augmente, je titube et chancelle sur le chemin irrésolu de ma peine. Mon amour, ma loi, comment as-tu pu trahir de ta flèche cruelle ce cœur qui battait pour toi ? Es-tu sans pitié, toi qui m’assassinas de ta hardiesse ? Je ne puis quitter des yeux la beauté de ce visage qui naguère me transporta, et découpe à présent ma chair de son absence vorace. Que je disparaisse ! Que le ciel m’ouvre ses nuages, les archanges leur pitié, je ne puis supporter le fardeau de cette trahison ! Ô cruelle vierge, divine chasseresse, n’oublie pas la foi qui était la mienne et contemple ma fin !

Elle tombe, inanimée.



Acte II, scène 5

Cassandre, Déméter, courant

Déméter

Mon dieu, nous arrivons trop tard ! Vois la pâleur de son corps qu’aucune vie n’agite !

Cassandre

Elle vit, rassure-toi. C’est la faiblesse qui l’aura submergée. Aide-moi, transportons-la au soleil.

Déméter, déplaçant Perséphone avec Cassandre

Quelle furie l’a ainsi prise au dépourvu ? Faut-il donc que l’amour l’abandonne à ses Cerbères ?

Cassandre

La vérité des sentiments est parfois pire que leur beauté.

Déméter

Mais enfin ! Qu’allait-elle s’enflammer pour ce cœur déjà pris ?

Cassandre

Nul ne le sait !

Déméter

Voici qu’elle revient à elle.



Acte II, scène 6

Cassandre, Déméter, Perséphone

Perséphone

Ah mes amies, vous voilà ! Et déjà je me sens moins seule. Pardonnez-moi de m’être enfuie, la douleur était trop forte.

Cassandre


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