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Excerpt for Zercy - Partie 2 by , available in its entirety at Smashwords

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ZERCY


Les Chroniques de Nira

Tome 2 – Partie 2


Par

KORA KNIGHT



Copyright © 2017, Kora Knight

Couverture réalisée par Thander Lin

Traduit de l’anglais par Bénédicte Girault

Relectures et corrections : Clotilde Marzek, Yvette Petek



Tous droits réservés

Reproduction interdite/do not copy

« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les “copies ou reproductions sont strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective” et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, “toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite” (alinéa 1er de l’article L. 122-4). “Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivant du Code pénal.”

Ce roman est une œuvre de fiction, les noms, personnages, entreprises, lieux et évènements sont soit le produit de l’imagination de l’auteur, soit ils sont utilisés à titre fictif. Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou décédées, ou des évènements actuels ne serait que pure coïncidence.


© 2019 Men over the Rainbow pour la présente édition française

Version papier : ISBN : 979-10-96349-66-1

Version numérique : ISBN : 979-10-96349-65-4

Dépôt légal : Février 2019

GLOSSAIRE


NIRA [neer-uh] 4ème planète du système stellaire. Plus petite que la Terre, tournant sur elle-même à la moitié de sa vitesse.


PERSONNAGES


HUMAINS


ÉQUIPE SCIENCES & EXPLORATIONS

Alec Hamlin – Pilote et premier capitaine. Cheveux brun clair, yeux bleu-vert.

Zaden – Copilote. Cheveux noirs, yeux brun foncé.

Chet – Escorte militaire. Fort comme un taureau, couvert de tatouages, cheveux bruns et rasés, yeux gris.

Noah – astrobiologiste. Cheveux blond foncé qui arrivent à hauteur d’épaules, yeux bruns.

Bailey – astrobiologiste. Cheveux bouclés brun foncé, yeux noisette.

Jamis – astrobiologiste. Hirsute, cheveux brun foncé, yeux gris vert.


ÉQUIPE RECHERCHES & SAUVETAGES

Garret Scott – Pilote et premier capitaine. Cheveux blond foncé, yeux bleu-gris.

Kegan – Copilote. Cheveux roux, ombre de barbe. Yeux doré vert.

Eli – Escorte militaire. Fort comme un taureau, crâne pratiquement rasé avec des piques, yeux bruns, couvert de tatouages.

Helix – Escorte militaire. Costaud, cheveux pratiquement rasés avec des piques, yeux brun foncé, couvert de tatouages.

Paris – Expert, traqueur. Cheveux noirs à hauteur d’épaules, yeux bleus.

Sasha – Médecin. Cheveux à hauteur d’épaules, brun clair, yeux bleus.


KRÍE


MEMBRES DU CLAN QUI VIT DANS LA JUNGLE


Gesh [gesh] Chef. Amant de Noah.

Roni [roh-nee] Membre du clan, main droite de Gesh et adversaire sensuel de Chet.

Miros [mir-dohs] Membre du clan. Premier amant d’Alec.

Naydo [ney-toh] Membre du clan. Premier amant de Zaden.

Filli & Finn [fil-ee] [finn] Membres jumeaux du clan. Premiers amants de Bailey et Jamis.


CHÂTEAU DE MÚNRAHKI [moon-rah-kee]


Zercy [zur-cee] Roi des Kríe

Sirus [seer-uh s] Scientifique en chef, médecin


ESPÈCES SUR NIRA


INTELLIGENTES


Kríe [kree] : Êtres à l’apparence humaine, mais très musclée, mesurant tous plus de deux mètres, avec une peau violet foncé, pesant approximativement cent-cinquante kilos avec des yeux dorés, des dreadlocks noires, des oreilles pointues, des cornes noires et de petites griffes noires, ainsi que de petits crocs épais. Arrogants et dominateurs, provenant initialement du Royaume tout puissant des Kríe à l’intérieur des Montagnes Múnrahki.

Oonmaiyos [oon-mahy-oh s] Sveltes, athlétiques, mesurant plus d’un mètre quatre-vingt, peau luminescente, indigènes attirés par l’eau, pesant approximativement une centaine de kilos, avec de longs cheveux allant de la couleur saphir au turquoise, des oreilles pointues et de grands yeux violets. Joueurs et curieux, provenant du Royaume aquatique des Oonmaiyos.


ANIMAUX


Bellacoy [bell-uh-coy] Voltigeurs/dragons

Tachi [tah-chee] Énorme cobra noir/jaguar, genre de prédateur qui chasse dans la forêt tropicale en groupes. Possède du venin et immobilise ses proies, car leur poison agit sur la densité musculaire.


COMPILATION LANGAGE KRÍE


Aussa – Aller

Bayo – Pet

Beesha – Salutations

Bellacoy – Voltigeurs/dragons

Bellah – Bien

Besh – Mauvais

Bukah – Agréable

Del`ahtchay – Délicieux

Denza – Regarde

D'ish – Maintenant

Dydum – Large rivière qui mène au tout puissant royaume des Kríe

Eenta – Intelligent

En – Et

Enday – Plaisir

Esh – Son de désapprobation

Feyah - Froid

Kahtcha – Breuvage chaud

Kai – Très

Kensa – Guerrier

Kerra – Relax

Key’kai – Très, très

Kuntah – Amusant

Reesa – Eau

Mah – Non

Mahn – Ne pas

Mahneenta – Stupide

May – Moi

Meesha – Mon précieux – terme familier

Móonday – Ne pas craindre

Moonsah – Plus

Móotah – Ne pas aimer

Moyos – Créatures

Myah – Mon

Nenya – Venez

Ocha – Autres

Ochay – Drôle

Óondah – Libérer/verser

Otah – Un

Otahtah – Un par un

Reckay – J’ai besoin

Reesa – Eau

Reeka – Donner

Reesha – Ne pas faire de mal

Rhya – Baiser

Senna`sohnsay – Fruit provoquant un état d’excitation implacable

Shawní – Arbres/forêt

Shay – Nous

Tacha – Vite/Se dépêcher

Tah – Oui

Tai – Maintenant

Tay – Tu

Titus – Montagne rocheuse au nord-est du Royaume des Kríe

Tukah – Faim

Tuga – Chercher/Prendre

Vai – Vue

Way – Vous tous

CARTE DE NIRA


TABLE DES MATIÈRES



GLOSSAIRE

CARTE DE NIRA

CHAPITRE VINGT ET UN

CHAPITRE VINGT-DEUX

CHAPITRE VINGT-TROIS

CHAPITRE VINGT-QUATRE

CHAPITRE VINGT-CINQ

CHAPITRE VINGT-SIX

CHAPITRE VINGT-SEPT

CHAPITRE VINGT-HUIT

CHAPITRE VINGT-NEUF

CHAPITRE TRENTE

CHAPITRE TRENTE ET UN

CHAPITRE TRENTE-DEUX

CHAPITRE TRENTE-TROIS

CHAPITRE TRENTE-QUATRE

CHAPITRE TRENTE-CINQ

CHAPITRE TRENTE-SIX

CHAPITRE TRENTE-SEPT

CHAPITRE TRENTE-HUIT

CHAPITRE TRENTE-NEUF

CHAPITRE QUARANTE

CHAPITRE QUARANTE ET UN

À PROPOS DE L’AUTEUR

CHAPITRE VINGT ET UN




— Enfin ! Un peu d’intimité, marmonna Noah, grimpant dans son nid mural.

Bordel de merde ! Quelle nuit d’enfer ! Comme le reste de toute sa fichue vie.

Il s’installa sur les fourrures, portant un nouveau pagne récemment fourni – le nom que l’équipe avait donné à leur jockstraps. C’était si bon d’avoir un peu de temps seul. Les dernières heures avaient été épuisantes, aussi bien mentalement que physiquement dans cette salle du trône. Lorsque Zercy avait perdu la tête et s’était échappé avec Alec, le spectacle ne s’était pas arrêté pour autant. Au contraire, les duels avaient repris.

Le maître de cérémonie avait simplement été contraint de modifier les règles. Afin que le tournoi dure plus longtemps, il avait demandé aux deux nouvelles équipes de continuer à lutter dans leurs fosses huileuses pendant une bonne demi-heure. Puis, quand Bailey et Jamis avaient finalement été vaincus, coincés sous leurs adversaires Nirans beaucoup plus puissants, Noah et Zaden avaient été appariés pour affronter Chet. Une tournure intéressante à laquelle Noah ne s’était pas attendu. S’ils perdaient contre leur équipier, Chet serait déclaré vainqueur du tournoi. Toutefois, s’ils gagnaient, ils continueraient et devraient se battre l’un contre l’autre.

Ils avaient gagné. D’un cheveu cependant. Chet était totalement à l’ouest. Dans le but de leur accorder un peu de répit avant le round final, Bailey et Jamis avaient repris leurs combats contre leurs Nirans respectifs.

Noah sourit légèrement au souvenir. Une fois tout le stress disparu, ses amis avaient commencé à s’amuser, tous deux manifestement très à l’aise avec les créatures contre lesquelles ils devaient lutter. Ce qui n’était pas une grande surprise concernant Jamis. Il s’était pris d’affection pour Ryze dès le départ. Dès le moment où le Kríe avait commencé à leur donner des leçons. L’admiration contenue dans les yeux de Jamis avait été flagrante.

La situation de Bailey, cependant, s’était avérée un peu plus intrigante, surtout vu la manière dont ce prince Nen et lui s’étaient bien entendus. Noah supposait que le fait que le Niran ne soit pas aussi énorme que les autres avait beaucoup aidé, puisqu’il était plus proche de la taille de Bailey que la plupart des autres. Il paraissait également plus jeune que les autres dignitaires présents, arborant un air notablement moins intimidant. Non pas qu’il n’ait pas donné l’impression qu’il était incapable de lui faire du mal s’il le désirait. Il possédait des yeux très perspicaces et pas mal de muscles. La chose était, du moins avec Bailey, qu’il n’avait jamais donné ce sentiment. Et Bailey avait profité de sa bonne fortune.

Bon sang, Bailey avait semblé vouloir s’impliquer au maximum de ses capacités. Comme s’il passait le putain de meilleur moment de toute sa vie. Sans plaisanter, lorsque son second round avec Nen avait pris fin, les épaules peintes du scientifique s’étaient visiblement affaissées.

Le fait le plus curieux encore était la façon dont les deux adversaires s’étaient séparés. Quand Ryze était parti, il avait frotté la nuque de Jamis de ses phalanges, et ce dernier avait retourné le geste de bon cœur. Bailey et Nen, toutefois, s’étaient simplement mutuellement dévisagés, comme si aucun d’entre eux ne voulait s’éloigner. Setch s’était alors approché et était intervenu physiquement, les obligeant à bouger, escortant personnellement le prince Nen hors de l’arène.

À ce moment-là, c’était l’heure du dernier tour. Pour faire court, Zaden avait réussi à attraper sa queue, toutefois Noah lui en avait définitivement donné pour son argent.

Il fronça les sourcils et se massa les tempes, tandis qu’il repensait aux combats. Bon sang, ils avaient tous agi si bizarrement, dans tous les sens du terme. Prétendre être des animaux luttant fébrilement dans la nature ? Se faire asperger d’huile devant des spectateurs ? Quant au fait le plus singulier qui s’était produit ? Comment était-il possible que cette merde de kulaí dans laquelle il s’était battu avait-il pu aussi lui retourner totalement la tête ? Ce qui, en retour, avait déclenché une réaction inattendue de son sexe.

Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre ce qui se passait, mais malheureusement, cela n’avait pas arrêté les effets secondaires. Bordel, cela l’avait rendu excité. Plus que jamais. Au final, cela l’avait même amené à imaginer des conneries. Sans mentir, à un moment donné, il avait sincèrement cru que Jamis était Gesh, en dépit des différences drastiques concernant la taille et la couleur de peau.

Lorsque le combat avait été déclaré terminé et qu’il s’était retrouvé perché sur ces rochers ? Son cerveau s’était rapidement éclairci. Il s’était senti énervé à un point ! Il avait été plus ou moins drogué. Néanmoins, lorsqu’il avait observé Ryze et Nen, tandis qu’ils s’étaient également retrouvés physiquement dans la fosse, il était clair que les Nirans n’avaient pas été affectés. Ce qui signifiait que ce produit ne leur avait pas retourné le cerveau et que Lotis n’en avait probablement pas connaissance. Il ne savait pas que cette merde agirait différemment sur les humains.

Noah avait donc laissé glisser et s’était préparé pour le deuxième tour. Exactement comme avant, il avait fini par imaginer que Z était Gesh. Il était pratiquement certain que Z avait cru qu’il était quelqu’un d’autre également. Naydo, peut-être ? Noah doutait fort qu’il s’agisse d’une fille. Zaden s’était frotté bien trop fort pour que ce soit faisable.

Quoi qu’il en soit, c’était bizarre. L’évènement dans son ensemble. Surtout quand Gesh envahissait son putain d’esprit. Noah était pourtant certain de ne pas vouloir de lui ici. Ce connard n’était plus le bienvenu. Tout ce à quoi Noah pouvait penser pour expliquer l’étrange phénomène, c’était le fait qu’ils avaient récemment lutté aussi. Dans le cube de Gesh, alors qu’il était au fort. Après avoir eu des relations sexuelles répétées dans ce bassin. Trois fois pour être exact. Son cul s’en était sorti endolori. Pourtant, il ne s’était jamais senti aussi exalté de toute sa vie.

Il soupira et posa son menton dans sa main, le coude appuyé sur le rebord de la fenêtre, alors qu’il se souvenait de ce qui s’était passé par la suite. Gesh, le grand escogriffe, l’avait lancé sur son épaule et l’avait ramené dans la grande structure qui servait de chambres à son clan. D’une main, il avait grimpé à cette échelle menant à son nid, puis sans autre avertissement, il l’avait jeté sur un épais matelas de fourrures.

Noah sourit, se souvenant de la manière dont Gesh avait ri de si bon cœur quand lui-même avait crié tandis qu’il s’élevait dans les airs. Il avait bondi sur lui à peine deux secondes plus tard, lui laissant à peine le temps de se repérer.

Ce n’était pas grave. Oui, Noah avait d’abord eu peur, avec ce géant violet qui avait dénudé ses crocs s’attaquant à son cul – pas durement cependant. Et après ça, Noah avait rapidement compris la situation dans laquelle il s’était retrouvé. Notamment quand Gesh lui avait indiqué qu’il voulait jouer avant le spectacle, c’était littéralement ce que le grand Kríe avait voulu dire. Il avait désiré qu’ils en viennent aux mains. Afin de se lâcher et de s’amuser. Et bien que Noah ne se soit pas fait bousculer autant depuis son enfance, cela s’était avéré être un jeu totalement effrayant à tenter.

Ce qui était exactement ce à quoi il s’était livré avec le Kríe pendant les vingt minutes suivantes, luttant comme des bébés tigres tapageurs dans leur caverne. Et avec son besoin brutal de jouir qui entrait et sortait de son esprit, il avait passé en fait vraiment du bon temps. À plus d’une reprise, Gesh l’avait fait rire, à se pisser dessus.

Bien trop tôt, toutefois, Gesh s’était arrêté lorsqu’il avait entendu le bruit des bongos. Et il avait déclaré que l’heure du spectacle était arrivée, invitant Noah à le rejoindre sur les couvertures pour regarder. Noah avait obéi, supposant naïvement que le show serait, en quelque sorte, différent. Il avait été complètement choqué quand il avait vu Chet et Roni.

Ce dont il avait été témoin après cela avait été hautement provocant. Bien qu’inexplicablement excitant. Tu parles d’un érotisme ! Il n’avait jamais assisté à une telle représentation – pourtant, il avait regardé plus que sa juste part de pornos bizarres. Au moment où ses autres coéquipiers s’étaient frayé un chemin vers la scène principale, le sexe de Noah était pratiquement prêt à exploser. Malheureusement, son énergie avait rapidement diminué. Il pouvait sentir la goutte arriver, comme une overdose de sucre ou quelque chose dans ce goût-là et il avait compris qu’il allait bientôt s’évanouir, aussi rapidement qu’une lampe.

Quand Gesh l’avait éloigné du bord, Noah avait été heureux d’obéir, accueillant le calme précurseur au sommeil avec joie. Les jambes pliées, les chevilles croisées, ils s’étaient installés face à face, leurs corps si proches que leurs genoux se touchaient…


***


Les pensées de Noah se mirent à errer, se souvenant de la conversation qui s’en était suivie.


Gesh ?

Tah ?

En bas, sur ces fourrures, ce que Roni a fait à Chet… lécher tout son corps. Chaque centimètre. Tu m’as fait ça aussi. Près de la cascade. Ce geste a-t-il une signification particulière chez vous, ou est-ce juste un plaisir ordinaire ?

Gesh relâcha sa poigne sur Noah et fit courir ses doigts dans ses cheveux, le long de son cou, puis glissa une main sur sa nuque pour la caresser.

Les petits coups de langue sont pour le plaisir. Ou pour goûter la saveur de quelqu’un. Les longues périodes cependant, sont totalement différentes.

Noah scruta ses yeux, son pouce caressant toujours le mamelon de Gesh. C’était une réponse qu’il voulait entendre.

Différentes en quoi ?

Gesh grogna doucement et ajouta son autre main au mélange, l’enfonçant dans la crinière de Noah pour lui caresser le crâne.

Celles-ci servent à exprimer l’une des plus fortes formes d’affection chez un Kríe. Je soupçonne que Roni est plus attaché à Chet qu’il ne le réalise.

Noah battit des paupières. Il réprima un gémissement. Ces griffes qui frottaient son cuir chevelu étaient divines. Abandonnant le mamelon de Gesh, il tendit la main et toucha son oreille, puis passa lentement ses doigts sur ses piercings.

Et qu’en est-il de toi ?

Son regard s’attarda sur le visage de Gesh.

Cela veut-il dire que tu es attaché à moi, toi aussi ?

Gesh croisa son regard. L’expression chaleureuse du Kríe sembla s’estomper quelque peu.

Peut-être, murmura-t-il. Ou peut-être que j’aime simplement ton goût.

Noah lâcha un petit rire.

Uh-huh !

Les lèvres de Gesh s’entrouvrirent légèrement. Il écarta ses doigts des cheveux de Noah, et enroula ses gros bras autour de lui, avant de se laisser tomber sur le dos. Noah atterrit en grognant sur sa poitrine.

Plus de discussion, ordonna Gesh. Je t’ai rassasié. Endors-toi.

Noah ne pouvait pas le contredire. Le Kríe l’avait très certainement contenté – trois fois, puis avait léché tout son corps afin de le nettoyer. Et à vrai dire, dormir à présent lui semblait vraiment être une excellente idée. Il pouvait sentir une douce douleur s’installer jusque dans la moelle de ses os…


***


Soupirant, Noah ferma les yeux, savourant le souvenir à contrecœur. Se souvenant à quel point il avait profité de la chaleur du corps de Gesh, il s’était alors senti tellement calme et détendu qu’il avait eu l’impression de ne faire plus qu’un avec la poitrine du chef de clan. Le second fait dont il se souvenait, tandis qu’il était sur le point de s’endormir ? Le souffle de Gesh lorsqu’il enfouissait son visage dans ses cheveux, puis sa langue chaude quand il avait léché le cou de Noah.

Gesh lui était sincèrement attaché.

Noah en était certain.

Ce qu’il ne comprenait pas cependant, c’était comment ce foutu Kríe avait pu le vendre !


***


Vous avez une tenue adaptée et on vous a donné toutes les informations relatives à votre objectif.

Kellim désigna un endroit situé au sommet de la montagne la plus proche.

Le premier de votre équipe à atteindre ce drapeau sans se faire capturer – ses lèvres se recourbèrent sur un sourire – emportera le prix.

Capturer ? répéta Alec, alors que son équipe se tenait debout dans le champ où ils avaient l’habitude de s’entraîner.

Aucun d’entre eux n’avait réussi à bien dormir la nuit précédente, le spectacle encore bien trop présent dans leur esprit.

Tah. Vous serez en compétition les uns contre les autres, mais pas seulement. Vous devrez également éviter vos poursuivants.

Alec échangea un regard avec Zaden. Ils allaient être pourchassés ?

Génial ! grommela Chet, tirant avec irritation sur sa tenue – des peaux protégeant son pagne, ses pectoraux et ses épaules. Et quel genre de prix ? Cela a intérêt à être profitable.

Kellim le dévisagea.

Celui qui tiendra le plus longtemps devra…

Attends ! Qui dure le plus longtemps ? gronda Chet, lançant un regard menaçant. Tu viens de dire que c’était à celui qui arrivait au drapeau le premier sans être capturé.

Kellim sourit.

C’est vrai, mais pourquoi ne pas être réaliste dès le départ ? Aucun d’entre vous n’atteindra ce drapeau. Nous chasserons chacun d’entre vous.

Chet ouvrit la bouche, avant de la refermer brusquement.

Quel est ce putain de prix ? râla-t-il.

Celui qui tiendra le plus longtemps se verra accorder une requête.

Chet le fixa avec scepticisme.

Pour de vrai ?

Tah.

Quoi que nous demandions, tu nous l’accorderas ?

Kellim inclina la tête.

Et Zercy sera cool avec ça ? s’enquit Alec, surpris.

Tah. Le roi Zercy a choisi lui-même le prix. Tant que votre vœu restera dans le domaine du raisonnable, il sera honoré.

Ah ! Raisonnable ! gronda Chet. Précision écrite en petites lettres en bas du contrat.

Kellim pointa un doigt vers le flanc de la montagne sur la gauche du lac, où une ouverture dans les arbres pouvait être vue.

Vous entrerez par là, et vous vous disperserez immédiatement. Personne ne reste avec un ou plusieurs de ses camarades. C’est un défi afin de déterminer vos compétences individuelles.

Le trio parut anxieux.

Alec fronça les sourcils et croisa les bras.

Donc, afin d’être bien clairs, nous serons chassés pour le sport ?

Tah, répondit Kellim dont le sourire se transforma pour laisser transparaître un sourire carnassier.

Alec se renfrogna.

Incroyable !

Bailey dansa d’un pied sur l’autre.

Chassés par quoi ?

Kellim gloussa.

Des Kríe, bien sûr !

Oh, Dieu merci ! soupira Jamis, ses épaules s’affaissant sous l’effet de son soulagement. J’ai eu des visions de vélociraptors lancés à nos trousses.

Kellim le dévisagea avec curiosité. Ses oreilles pointues se contractèrent.

Il n’y a rien qu’un Kríe adore plus que de chasser une proie digne de ce nom. Céder un tel plaisir à quelqu’un d’autre serait idiot.

Peu importe !

Chet roula des épaules. Serra les poings à ses côtés.

Que commence le jeu dans la jungle ! Allons-y !

Kellim hocha la tête et indiqua à nouveau les arbres.

Un Kríe a été assigné à chaque membre de votre équipe.

Son sourire se fit ironique.

Puisse votre finesse l’emporter !

Alec serra la mâchoire. Cela allait être un après-midi sacrément intéressant. Il se tourna vers ses équipiers, et releva la tête en direction de la montagne.

Allons-y, messieurs ? dit-il en soupirant.

Chet fixa ladite direction. Un sourire rusé se forma sur ses lèvres.

Ouais.

Ses yeux se mirent à briller.

Nous pouvons, putain !

Ils arrivèrent à l’orée de la forêt quelques minutes plus tard.

D’accord, les gars. Bonne chance.

Alec scruta les environs boisés.

Restez à terre le plus possible. Bougez rapidement. Évitez de laisser une piste derrière vous. Et masquez votre odeur dès qu’il vous sera humainement possible de le faire.

Chet jeta un bref coup d’œil sur la canopée.

Et lorsqu’ils seront à proximité, barrez-vous ! Faisons en sorte de leur en faire baver un maximum.

L’équipe se dispersa, des expressions variées étant la dernière chose qu’Alec nota alors qu’ils disparaissaient dans différentes directions sur le flanc de la montagne. Le trio ? Ouvertement inquiets. Zaden et Chet ? Totalement déterminés. Ce qui correspondait également à son état d’esprit.

La première chose qu’il fit fut de chercher des étendues de sol sec. Plus le sol était dur, moins ses traces de pas seraient visibles. Puis il s’enquit de plantes au feuillage exceptionnellement grand. Il ne lui fallut pas longtemps pour repérer un buisson qui lui convienne. Il détacha deux feuilles surdimensionnées, les enroulant rapidement autour de ses sandales. Il voulait recouvrir ses semelles et masquer la forme de ses pieds. Il y avait peut-être un terrain dur pour l’instant, mais il y avait une forêt tropicale de l’autre côté de la crête. C'est-à-dire qu’il finirait par être obligé de traverser un sol meuble. Plus il dissimulerait ses empreintes de pieds, mieux ce serait. Accroupi, il s’assura que les feuilles étaient bien en place, puis jeta un nouveau coup d’œil autour de lui, cherchant – et désormais reniflant – des fleurs odorantes. Rien dans les environs immédiats, il continua donc à avancer lentement, essayant de ne pas émettre le moindre bruit.

Il ne savait pas quand les Kríe seraient lâchés à leur poursuite, ni combien de temps il aurait avec son équipe pour mettre de la distance entre eux. Vu leur chance, leurs traqueurs étaient déjà en position, attendant le feu vert pour les pourchasser.

Il arriva bientôt sur un terrain humide. Pas génial en ce qui concernait les traces de pas, mais au moins, il pouvait recouvrir sa peau de boue. Cela lui prit quelques minutes, alors qu’il restait accroupi, au ras du sol. Avant de repartir, il dissimula sous des feuillages la flaque dans laquelle il avait creusé.

Pour l’instant, tout lui paraissait bon. Il y avait assez de soleil qui traversait la canopée pour lui permettre de voir où il se dirigeait. Même la faune locale ne semblait pas paniquée par sa présence. Il semblerait que ses efforts fonctionnaient alors qu’il avançait à pas de tortue, essayant de ne pas provoquer de troubles.

Il scruta son environnement, à la recherche de bruits sourds, non pas que leurs traqueurs puissent être autre chose que silencieux. Ne remarquant rien d’anormal, Alec se releva et se dirigea discrètement vers un sentier d’animaux qu’il avait repéré. La terre avait été piétinée par nombre de pattes, de sabots – peu importe ce sur quoi ces créatures marchaient – il espérait que cela servirait également à camoufler ses empreintes de pas. Cela l’empêcherait aussi d’avoir à franchir d’épais buissons où il lui serait impossible de ne pas laisser des traces de branchages cassés ou déplacés.

Tout en haut, des créatures aériennes volaient en aboyant ardemment. D'autres, situées dans les arbres, criaient ou hurlaient, et se braillaient également dessus. En bas, au niveau où Alec marchait, sous une couverture de branches et de feuilles, ou dans les broussailles qu’il traversait, d’autres animaux sauvages pépiaient ou grondaient.

Alec lança un coup bref coup d’œil à gauche et à droite, inspirant par le nez de grandes bouffées d’air et les retenant dans ses poumons. Enfin ! Une sorte de plante très aromatique se trouvait à proximité. Il renifla plus intensément et regarda autour de lui. Cela venait de quelque part sur sa gauche. Doucement, il s’écarta du sentier afin de partir à sa recherche. Le sol bruissait sous ses pieds, les feuilles bougeaient comme si elles étaient vivantes, s’inclinant d’un côté ou de l’autre afin d’esquiver ses pieds. Alec fronça les sourcils, mais continua.

Sniff… sniff… sniff…

Là ! Près de ce grand arbre abattu. Cette grappe, avec des fleurs de la taille de sa main. Alec atteignit le tronc et s’accroupit afin de l’étudier. Les fleurs d’un jaune foncé ressemblaient à des orchidées, toutefois plus grandes. Et brillantes, comme si elles étaient couvertes de grandes quantités de miel. Ce qui correspondait exactement à l’odeur qu’elles dégageaient, une sorte de miel sauvage sous stéroïdes. Puissante, avec une étrange pointe d’acidité.

Peu importe. Cela ferait l’affaire. Il en cueillit soigneusement une de sa tige et barbouilla ses pétales sur toute sa tenue. Il ne voulait pas effacer la couche de boue qui collait déjà à sa peau. Qui, incidemment, commençait à sécher. Pas la meilleure des sensations. Donc, ouais, il n’allait rien ajouter. Inutile que son cul devienne tout collant en plus.

Il se leva et étudia les alentours encore une fois, prêt à entamer sérieusement sa mission : atteindre ce drapeau violet en haut de cette montagne. Bien entendu, cela constituerait la partie facile : attraper le drapeau. La partie la plus délicate serait ce qu’il aurait à éviter pour y parvenir, autrement dit, un Kríe, un traqueur impitoyable et hautement qualifié qui était après ses fesses, le considérant comme une putain de proie.

Alec lança un coup d’œil par-dessus son épaule, se demandant combien de temps il lui restait avant que l’un de ces grands prédateurs violets se verrouille sur sa position. Parce que, une fois que la merde débarquerait, le jeu serait pratiquement terminé. C’était impossible qu’il puisse courir plus vite que le gars, pas avec la moitié de sa foulée et de muscles dans les jambes. Il serait incapable de grimper à un arbre pour échapper au salaud. Sa seule chance d’arriver à sa destination résidait dans le fait de ne jamais abandonner sa position. Ce qui serait beaucoup plus facile à dire qu’à faire.

Expirant silencieusement, il écouta une dernière fois avant d’entamer la montée du flanc de la montagne. À chaque pas soigneusement calculé, son esprit tourbillonnant se mit à dériver. À revenir sur la nuit dernière. Mais pas sur le tournoi. Sur le temps qu’il avait passé dans ce lit de fourrures avec Zercy. Seigneur, même maintenant, il ne pouvait toujours pas croire qu’il avait fait tout ça.

Bon, d’accord, ouais, il l’avait fait. Il avait été plus excité que jamais et voulait ça depuis trop longtemps. Avec Zercy. L’instable et arrogant roi des Kríe. Il avait été épuisé mentalement. Eut besoin de ce sursis. D’un moyen de relâcher la pression afin de pouvoir enfin se détendre.

Le problème était, que cette petite faveur qu’il s’était permise n’avait pas fonctionné. Du tout. Elle n’avait pas refroidi son attirance pour le roi. En fait, il craignait à présent que cela n’avait fait qu’empirer la situation. Sinon, pourquoi lutterait-il si fort afin d’éloigner Zercy de son esprit, et de cesser de penser à toutes les choses folles qu’ils avaient faites ?

Son esprit s’égara dans ses souvenirs. Merde ! Cela avait été incroyable ! Et imprudent. Et euphorique. Et irresponsable. Et la meilleure baise de toute sa vie.

Alec étouffa un gémissement, s’arrêtant pour frotter son visage boueux. Dans quel genre d’emmerdes s’était-il fourré ? Plonger à pieds joints sans se soucier des répercussions ? Comme le disait l’adage : « comme on fait son lit, on se couche ». Il était en plein dedans. Parce que, bien entendu, ce matin même, quand le roi s’était réveillé, il avait tenté de remettre le couvert. Heureusement, le conseiller de Zercy était arrivé une fraction de seconde plus tard, et avait tiré le roi du lit en un clin d’œil. Alec ne s’était jamais senti aussi soulagé. Ils ne pouvaient pas poursuivre cette putain de route. La nuit dernière avait été décoiffante, l’histoire d’une seule fois. C’était tout. Rien de plus.

Brusquement, un nuage d’oiseaux décolla des arbres. Rapidement. Ils avaient l’air pressés de partir.

Alec se figea, puis se laissa tomber à terre et s’accroupit.

Merde !

Cela ne pouvait pas être bon signe. Bordel, même le brouhaha dans les branches avoisinantes s’était calmé. Son cœur se mit à galoper. Fils de pute ! Son traqueur était proche. Il pouvait le sentir jusque dans la moelle de ses os. Son temps de promenade pacifique était officiellement terminé.

Aussi immobile qu’une statue, Alec écouta intensivement, essayant de déterminer l’endroit où se trouvait le Kríe. Pendant un long moment, il ne discerna plus rien. De plus, toute la forêt était devenue étrangement silencieuse. Comme si les animaux des bois observaient le poursuivant d’Alec en retenant leur souffle. Témoins de la traque avant la capture.

Sorti de nulle part, un bruit sourd retentit quelque part derrière lui, le même que Gesh avait fait lorsqu’il était tombé des arbres.

Il tourna la tête. Scanna les environs. Merde ! Rien ! Il ne distinguait pas le moindre changement.

Un souffle bas et étouffé lui arriva aux oreilles, venant de nouveau de quelque part derrière lui. Et bordel de merde, le son lui paraissait plus arrogant que jamais. Un sifflement de Kríe, dans le style « je t’ai eu », s’il avait à deviner.

Son cœur martela ses côtes. Il avait été repéré. Il devait s’enfuir. Peut-être que s’il réussissait à l’esquiver assez longtemps, il pourrait arriver tout en haut sans…

Merde ! De qui se moquait-il ?

Néanmoins, il n’avait plus le choix. Soit il essayait, soit il se rendait. Et Alec n’abandonnerait jamais sans se battre.

Il prit appui sur la pointe de ses pieds et se détendit brusquement, décollant à toute vitesse, vers une voie sans issue, courant à travers la forêt aussi vite que possible.

Des créatures se dispersaient sur son chemin, s’écartant, reprenant leurs hurlements et gémissements tandis que derrière lui, des pas effrayants commençaient à résonner. Putain, ils ressemblaient au son d’une grosse caisse. Ces Kríe étaient de foutus salauds extrêmement lourds. Et rapides.

Bien plus que ce à quoi il s’attendait. Et il était loin d’être lent, lui-même. Mais à ce rythme, quelle que soit sa rapidité, une fois que le Kríe se serait suffisamment rapproché, cela n’aurait plus aucune importance. Il aurait juste à plonger et tacler Alec. C’était tout ce qu’il avait à faire.

Alec bondit par-dessus une bûche de la taille d’un animal préhistorique qui se dressait devant lui, jetant un coup d’œil par-dessus son épaule en sautant. Un flou sombre se précipitait derrière un arbre. Il plongea en avant et reprit son élan, mais le bruit des pas avait cessé. Avait-il réussi à semer le Kríe ? Impossible !

Des branches craquèrent au-dessus de lui.

Oooh, merde !

Il leva la tête tandis qu’il fonçait à travers un bosquet.

Naturellement, il ne vit rien.

Le bâtard était passé en mode furtif.

Alec se renfrogna, respirant rapidement, toutefois il continua de sprinter.

L’air manquait dans ses poumons. Ses cuisses commencèrent à le brûler. En général, il ne fonctionnait pas à plein régime aussi longtemps. Sur une pente aussi raide, en plus.

Il trébucha sur une épaisse racine noueuse et vacilla dangereusement. Il réussit cependant à retrouver son équilibre avant de toucher le sol.

Un autre bruit résonna. Il semblait amusé, mais également excité, avec une pointe de grognement heureux.

Le connard s’amusait. Se délectait de le chasser. La colère d’Alec s’enflamma, alors même qu’un frisson traversait tout son corps. La sensation, réalisa-t-il, que devait éprouver n’importe quelle proie quand elle s’enfuyait, lorsqu’elle courait pour sauver sa vie d’un prédateur. Ce qui le vexa d’autant plus. Sur la planète d’où il venait, il se trouvait au sommet de la chaîne alimentaire. Détenait une domination sur toutes les autres créatures.

Malheureusement, Alec n’avait pas le temps de ruminer. Les brindilles qui se cassaient dans la canopée étaient presque à son niveau.

Il coupa sur la droite, décolla vers un ravin, puis lorsque son pisteur se releva, il bifurqua à gauche. Cette tactique ne lui fit gagner que quelques minutes de plus. À nouveau, les pas lourds secouèrent le sol derrière lui.

Son cœur remonta dans sa gorge, tandis que ses cheveux se dressaient sur sa nuque. Vu le bruit, son poursuivant se trouvait à peine à deux mètres derrière lui. Alec n’avait même pas le temps de jeter un coup d’œil. L’adrénaline déferla dans ses veines. Ses jambes bougèrent encore plus vite. Cependant, les pas derrière lui se rapprochaient.

Il était à court de temps.

Avec un grand cri, Alec plongea dans un buisson, mais la portée de son traqueur était trop grande. Un épais bras violet s’enroula autour de sa taille, puis le corps musclé de son propriétaire le plaqua au sol.

Tout l’air contenu dans ses poumons en fut chassé lorsqu’il toucha terre.

Putain ! grogna-t-il.

Un rire profond rencontra ses oreilles. Un qu’il connaissait. Intimement.

Bordel, Kríe ! cria-t-il, toujours sous le choc, après la chasse.

À sa remarque, le roi rit plus fort encore.

Grommelant, Alec roula dans les bras de Zercy afin de se mettre sur le dos, alors qu’en vérité, son humeur avait déjà changé. Ouais, il était toujours énervé d’avoir été traqué – et trouvé – toutefois, il s’agissait de Zercy et cela avait distrait son indignation. Ça et ces sons qui émanaient de la poitrine de Zercy.

Non pas qu’il accepte de l’admettre un jour.

À peine essoufflé, le roi le dévisagea intensément, le retenant prisonnier de ses bras.

Salutations, favori, gronda-t-il.

Haletant toujours, Alec lâcha d’une voix râpeuse :

Salut.

Les prunelles dorées de Zercy brillèrent.

Tu es plus facile à attraper qu’un koosa.

Alec serra les dents.

Zercy gloussa.

Mais c’est plus amusant.

Un autre de ses compliments déguisés. Et bordel de merde, il eut l’effet escompté, réussissant d’une certaine manière à alléger l’humeur d’Alec. Cela ne signifiait pas qu’il n’était pas toujours énervé pour autant.

Il croisa le regard de Zercy.

Cette activité est humiliante. Un homme a sa fierté, tu sais. Et une putain de dignité !

Le sourire éclatant de Zercy disparut. Il inclina la tête.

Tu es en colère ?

Alec le dévisagea, incrédule.

Tu viens de me chasser comme un animal !

Tah, pour le plaisir. Je ne t’ai pas fait de mal. Je ne le ferai jamais.

Amusant pour toi ! rétorqua-t-il sèchement. T’es-tu seulement demandé si je me suis autant amusé que toi ?

Zercy fronça les sourcils.

T’es-tu amusé ?

Non ! Regarde-moi ! Je suis couvert de boue ! De boue et de cette merde collante pour essayer de dissimuler mon odeur !

Zercy ouvrit la bouche, puis la referma et étudia alors son apparence. Ses lèvres se contractèrent. Il étouffa un petit rire.

Cela n’a pas fonctionné.

Alec se rebiffa et serra les poings.

Ouais, j’avais remarqué !

Zercy frotta son nez contre le sien.

Ne te mets pas en colère. Je ne cherchais pas à t’offenser.

Alec poussa un long soupir et ferma les yeux.

Tu ne le ferais jamais.

Une vérité frustrante.

Ce qui l’énervait aussi, c’était de comprendre pourquoi une fois allongé sous le corps du roi, Alec avait du mal à rester en colère. Zercy se releva au-dessus de lui, puis écarta un peu de boue de son visage. Sa voix s’adoucit.

Veux-tu que je nettoie toute cette saleté ? Je suis le roi, mais je le ferais pour toi.

Alec se figea et le dévisagea. Son cœur battait la chamade. L’expression de Zercy… Le Kríe était sérieux. Il le lècherait pour le laver. Un geste d’humilité pour arranger les choses entre eux. Cela le prit par surprise, que Zercy soit prêt à abandonner sa fierté l’obligeant à se sentir humble devant cette offre, et une douce chaleur se répandit dans tout son corps.

Merci, répondit-il d’une voix rauque. Je pense que je vais survivre.

Le sourire de Zercy revint.

J’ai envie de t’embrasser.

Alec se raidit. Merde !

Quoi ?

Zercy se concentra sur ses lèvres. Un ronronnement heureux résonna.

Pendant toute la matinée, tout ce à quoi j’ai pu penser c’était ta bouche contre la mienne. À quel point tes baisers sont agréables. Et je veux le sentir maintenant.

Oh, bordel ! Zercy avait utilisé son ton « je suis sur le point de prendre ce que je veux ».

Avant même qu’Alec puisse s’esquiver, le roi s’abaissa et captura ses lèvres.

Alec retint son souffle, les yeux écarquillés, le cœur battant à tout rompre.

Zercy grogna doucement et se mit à l’embrasser. Bougeant sa bouche, les paupières baissées, sa langue chaude fit son apparition. La résistance d’Alec fondit instantanément. Les lèvres de Zercy le rendaient ivre. Et lui donnaient envie de céder.

Seulement, c’était exactement ce qu’il s’était promis la nuit précédente, dans le lit de Zercy : une fois de plus, et plus jamais après. Et pourtant, il était là.

Les baisers de Zercy s’intensifièrent.

Alec gémit et se rendit, retournant les baisers du roi.

Juste une fois de plus…

CHAPITRE VINGT-DEUX




Alec se réveilla pour la énième fois avec une érection matinale de la taille d’un tronc d’arbre. Cela ne voulait pas dire pour autant qu’il ne s’était jamais levé, arborant régulièrement des turgescences. Seulement, elles n’étaient jamais aussi importantes, ni si ridiculeusement dures.

Gémissant tout en somnolant, il se retourna, l’incombant aux effets secondaires dus à sa présence sur Nira. Dieu seul savait à quel point son corps avait changé, en de nombreux autres points également. Son système digestif, par exemple, avec des intestins qui n’avaient plus aucune utilité. Ou la manière dont son cerveau pouvait déchiffrer un langage étranger. En vérité, il soupçonnait que même ses émotions subissaient une transformation. Sinon pourquoi éprouverait-il soudain des sentiments envers un mâle ? Jusqu’à Nira, il s’était toujours considéré comme hétérosexuel.

Il ouvrit les yeux de manière languide, s’attendant à voir à côté de lui l’objet de son affection incontrôlable. Mais Zercy n’était pas là. En fait, le Kríe ne s’était pas couché auprès de lui du tout. Alec fronça les sourcils, son cerveau se remettant en service dans son crâne. Zercy était toujours là, d’habitude, lorsqu’il se réveillait. Pas un seul jour ne s’était écoulé sans sa présence auprès de lui.

Bordel, depuis la semaine dernière – dès lors qu’ils étaient devenus intimes après les combats de lutte, ce qui avait finalement conduit à leur premier baiser – le roi avait délibérément attendu qu’Alec se réveille avant de se rendre à sa cour, en compagnie de son assistant. D’après Zercy, il n’y avait rien qu’il préférait davantage que de commencer chacune de ses journées en prenant Alec « en main ».

C’était réellement incroyable, de découvrir à quel point le roi aimait le faire jouir. Ce qui ne voulait pas dire pour autant qu’Alec se laissait faire chaque fois. Parce que ce n’était pas le cas. Une grande partie de lui luttait toujours avec leur genre de relation – à moins qu’il ne doive l’appeler leur « dilemme ». Toutefois, à chaque lever de soleil, alors qu’Alec se réveillait conte le corps chaud de Zercy, le timbre grave de sa voix titillant son oreille, il se retrouvait à céder plus souvent qu’à son tour à son attirance.

Seigneur, à quelques reprises, il avait même masturbé Zercy. Pompant le sexe du roi tandis qu’il en faisait autant avec le sien. La brume matinale qui encombrait son cerveau devait affecter son jugement – ça et son endurance, car il jouissait toujours le premier. Impossible de se retenir cependant. Non pas que ce fait semble déranger Zercy. Il ne faisait que se tortiller et éjaculer aussi, avant de nettoyer les traces compromettantes.

Alec s’assit dans le lit et se frotta le visage de ses mains libres. Leur statut, incidemment, avait été modifié depuis la chasse de la semaine dernière, où Chet avait tenu le plus longtemps face à son prédateur. Fidèle à sa parole, le roi avait accordé au vainqueur d’exaucer une requête. Qu’est-ce que Chet avait réclamé ? Plus de poignets restreints – pour toute l’équipe. Avant cela, ils ne les laissaient jamais déambuler sans être attachés, sauf pendant les activités qui requéraient l’usage de tous leurs membres. Et la nuit, quand ils étaient enfermés dans leur chambre. Toutes les autres parties de la journée toutefois ? Les poignets attachés.

En fin de compte, le roi avait accédé à la demande de Chet, à la condition que tous se comportent correctement. Un faux pas et les liens seraient de nouveau à l’ordre du jour.

Alec fixa ses mains, se réjouissant toujours de leur liberté. Depuis leur tout premier jour sur Nira, l’équipe avait été perpétuellement attachée. D’abord par le clan de Gesh, puis par ordre du roi. Même lorsqu’ils dormaient, en guise de précaution pour la sécurité de Zercy. Bien que, depuis cette fameuse nuit où le roi l’avait baisé avec cette queue, il l’avait laissé dormir librement. Pas de liens. Pas de laisse.

Ce qui avait constitué un énorme progrès pour Alec.

Le roi l’aimait bien. Peut-être même beaucoup. Avait même commencé à lui faire confiance.

Le cœur d’Alec se mit à pulser avec inquiétude.

Nan. Il refusait de penser à ce qu’il ressentait à cette idée.

Réorientant son attention, il jeta un coup d’œil dans la chambre et repéra rapidement Zercy assis près d’une fenêtre. Tourné dans sa direction, il était installé à son bureau et découvrait calmement un gros rouleau de parchemin. Puisqu’il était totalement déroulé, Alec le reconnut immédiatement. Il s’agissait de sa carte des étoiles. Celle qu’il avait choisie au marché. La même qu’il avait étudiée chaque jour depuis lors.

Zercy leva les yeux.

— Mon animal est réveillé. Je commençais à penser que tu étais mort.

Alec lui offrit un sourire narquois.

— Mon réveil ne s’est pas déclenché.

— Tu as une alarme ?

— En fait, ouais, j’en avais une. Un gadget humain… Désormais, c’est juste une figure de style.

— Hmm… une figure de style.

Les lèvres de Zercy se recourbèrent légèrement.

— Ce qui signifie que ton corps est réticent à l’idée de se réveiller sans mon contact.

Alec eut un petit rire.

— Euh… non ! Je ne voulais pas dire ça.

— Hmm…

Zercy tourna les yeux vers la carte d’Alec.

— Pourtant, c’est quand même vrai.

Alec sourit imperceptiblement et secoua la tête, sans se donner la peine de répondre. Il repoussa juste les couvertures sur le côté et sortit du lit. Ses pieds rencontrèrent l’ardoise et il jeta un bref coup d’œil vers la porte.

— S’il est si tard, comment se fait-il que ton assistant ne soit pas encore arrivé ?

— J’ai donné l’ordre à mes gardes de lui interdire l’accès.

Alec se tourna vers Zercy.

— Pourquoi ?

C’était tout à fait inhabituel. En fait, il ne l’avait pas fait une seule fois depuis qu’Alec était là.

Zercy enroula la carte des étoiles et la posa sur son bureau.

— Parce que je prends une journée de congé.

Alec haussa les sourcils.

— Vraiment ?

— J’ai décidé que j’avais besoin d’une pause.

Alec le dévisagea.

Zercy sourit, toutefois son sourire n’atteignit pas ses yeux.

— Mes devoirs en tant que roi pèsent lourdement sur moi, Alick. Et empoisonnent mon esprit.

Alec se figea à son ton.

— Heureusement, poursuivit le roi, j’ai découvert un remède efficace.

— Du temps libre ?

Petit gloussement.

— Toi.

Le cœur d’Alec rata un battement.

— Quoi… moi ?

Zercy croisa les bras, faisant saillir ses biceps.

Tah, tu me distrais. Tu court-circuites les toxines.

Son regard s’illumina.

— J’ai donc décidé de passer la journée avec toi.

Alec le fixa. Dansa d’un pied sur l’autre. Cette nouvelle ne devrait pas le rendre heureux. Le temps que le roi passait loin de lui était celui où il retrouvait son équipe. Pourtant, pour une raison quelconque, il appréciait. Traîner avec Zercy toute la journée, en dehors de ses quartiers ? Curieusement, cette perspective l’excitait. À quoi ressemblerait une interaction normale ? En dehors du lit – quand Zercy ne le « chassait » pas ?

Le roi s’écarta de son bureau et s’avança vers Alec.

— C’est soit ça, soit tu viens à la cour avec moi, bien que ce soit risqué. Tu pourrais mourir.

Alec se tendit.

Mourir ?

Tah. D’ennui. C’est affreux.

Alec réprima un sourire.

Zercy aussi.

Il s’arrêta à un pas de lui, baissa la tête et croisa les yeux d’Alec.

— Embrasse ton roi, gronda-t-il doucement.

— Tu n’es pas mon roi, chuchota Alec.

Zercy baissa ses paupières.

— Embrasse-moi quand même.

Le ventre d’Alec se crispa. Il secoua la tête.

Zercy sourit.

— Dois-je supplier ?

Quelque chose se serra dans la poitrine d’Alec. Il se racla la gorge et répondit d’une voix rauque.

— S’il te plaît… n’en fais rien.

Le roi haussa un sourcil, puis sourit légèrement.

— Comme tu veux.

Alec fronça les sourcils, regardant Zercy attacher ses poignets.

— Que fais-tu ?

— J’oblige mon favori.

Il leva les mains d’Alec, puis les passa derrière sa tête.

Alec se figea, se retrouvant soudain plaqué contre le corps du roi.

— C’est quoi ce bordel, Kríe ?

Il tira sur ses bras et lança un regard noir au roi. Le salaud venait juste de piéger ses mains derrière son cou.

Zercy prit le visage d’Alec en coupe. Lâcha un autre petit grognement.

— Contemple, Alick. Ton roi tout-puissant ne supplie jamais.

Les paupières mi-closes, il réclama ses lèvres. À croire que le contraire de « supplier » était « prendre ». Un fait avéré pour le Kríe en cet instant. Alec se retrouva à apprécier le geste. Il en était même reconnaissant, tout en gémissant et en fermant les yeux. Pourquoi ? Car cela lui permettait de profiter du plaisir coupable d’embrasser Zercy sans avoir à y consentir ouvertement. Fait qu’au plus profond de lui, Alec réalisa apprécier. Zercy prenant ce qu’il voulait de lui. Du moins, en privé.

Sans autre forme d’avertissement, une sorte de vision excitante traversa le cerveau d’Alec. Celle de Zercy lui poussant le visage le premier contre un mur. Éraflant son cou de ses crocs tandis qu’il grognait. Sous-entendant de divines promesses perverses alors qu’il le tripotait…

Son érection matinale se frotta avidement contre la cuisse puissante du roi.

Zercy sourit.

— Ta queue a faim.

Alec refusa de jouer le jeu.

— Juste besoin de pisser.

Zercy gloussa contre ses lèvres.

— Mon petit menteur…


***


— Chet ! Ugh ! Non. Je t’ai dit de le tenir, pas de le déchiqueter. Génial ! grogna Bailey. Maintenant, je dois tout recommencer.

Chet se renfrogna et baissa les yeux sur la brindille qu’il serrait. Bailey lui avait demandé de la tenir afin de pouvoir la dessiner. Le problème était qu’elle avait de petites feuilles il y a encore une minute. Désormais, ce n’était plus qu’un bout de bois.

Oops ! J’ai dû les arracher inconsciemment. Désolé, murmura-t-il. Je vais t’en chercher une autre.

Nan. C’est bon, grommela Bailey, reposant son journal. Je vais la trouver moi-même. Je reviens tout de suite.

Chet le regarda se lever, puis se diriger vers l’orée des arbres, tandis que le reste de l’équipe se reposait sur une épaisse couverture tissée. Enfin, pas tous, le capitaine en moins, bien entendu. Il était parti quelque part avec le roi. Et ce, depuis le début de la journée. Ils ne l’avaient vu qu’une fois, au petit-déjeuner. Le roi des Kríe était là aussi. Ce qui était bizarre, puisqu’il ne mangeait jamais avec eux.

Il l’avait fait aujourd’hui toutefois, expliquant entre deux bouchées de nourriture qu’Alec ne participerait pas à la leçon de Ryze. Ni au déjeuner avec l’équipe, ni même aux sessions avec Kellim. Il avait déclaré qu’il gardait leur capitaine rien que pour lui seul, et qu’il le leur rendrait en un seul morceau le matin suivant.

Bizarre !

Chet fit une grimace et jeta la brindille dans l’herbe. Ou peu importe sur quoi leur couverture était étendue. Il observa les minuscules lames ressemblant à des feuilles, puis jeta un coup d’œil à Bailey. Il s’était approché des arbres violet sombre et inspectait attentivement une branche. En raison de son insistance, ils avaient décidé « d’une promenade dans la nature » après l’entraînement de Kellim. Apparemment, Bailey et ses acolytes, alias Jamis et Noah, voulaient dessiner différents spécimens de la vie sauvage sur Nira.

Donc, après que Kellim ait terminé de les faire courir autour du terrain d’entraînement, lui et le reste des chaperons de l’équipe les avaient emmenés crapahuter. Ils avaient traversé le champ d’entraînement, puis la forêt, monté et redescendu le flanc d’une montagne. À la fin, le trio avait acquis toute une collection d’échantillons et donc terminé sa petite aventure au bord du lac. En fait, directement sur la rive, entre deux gros rochers plats, ce qui leur permettait de voir facilement les profondeurs.

C’était là où ils étaient assis actuellement : sur leur grande couverture colorée, pendant que les scientifiques esquissaient avec diligence leurs petits échantillons. Chet jeta un coup d’œil à deux d’entre eux, tellement ravis de leurs nouvelles tâches. Noah capturait méticuleusement la ressemblance parfaite d’une fleur étrange. Jamis détaillait les feuilles étranges d’une mauvaise herbe qu’il avait posée sur son genou. Il était totalement absorbé. En fait, il se concentrait tellement, que même le bout de sa langue pointait hors de sa bouche.

Chet soupira. Bon sang ! Qu’est-ce qu’il s’ennuyait ! Voulait errer un peu plus dans les environs. Afin d’obtenir une meilleure configuration du pays. Malheureusement, leurs escortes le lui avaient refusé. C’était comme s’ils pouvaient sentir ses motivations. Chet leur lança un regard noir, alors qu’ils se tenaient à quelques mètres de là. Les Kríe étaient agaçants et étonnamment perspicaces.

Foutus bâtards !

Oh, mon Dieu ! As-tu vu ça ? lança Jamis, sursautant de surprise. Mon spécimen ! Je… Je pense qu’il est vivant !

Zaden marqua une pause dans son jet de pierres et lui adressa un regard curieux.

C’est une plante. Évidemment qu’elle est vivante.

Jamis examina la brindille sur son genou.

Non, je veux dire vivant comme dans vivant. Dans le sens : conscient de son environnement.

Ce qui fit taire le copilote.

Le visage de Noah s’illumina.

Es-tu sérieux ?

Autant que je puisse l’être ! affirma Jamis en riant. Regarde !

Il effleura la fleur du bout de ce qui lui servait de crayon. Ses frêles plumes légères se contractèrent, puis s’enroulèrent autour de lui, on aurait dit qu’elles recherchaient son essence par le toucher.

Chet resta bouche bée, les yeux écarquillés, puis grimaça.

Ce n’est pas normal !

Noah souriait d’une oreille à l’autre.

Oh, si, ça l’est !

Zaden regardait avec fascination.

Alec a mentionné une plante de ce genre-là.

Chet le dévisagea.

Vraiment ?

Ouais, répondit le copilote en hochant la tête. Après sa visite chez Sirus. Il a dit qu’il y avait des plantes ici, qui étaient sensibles. Qu’elles étaient appelées dygons.

Jamis et Noah échangèrent des regards.

Chet fronça les sourcils, additionnant deux plus deux. Alec s’était rendu chez Sirus afin de passer un examen physique. Pourquoi aurait-il eu connaissance de plantes « sensibles » après les faits ? Des images perturbantes traversèrent son esprit, mais le retour de Bailey le détourna rapidement de ses questions.

Il se laissa tomber avec une brindille fraîche à la main, et fut rapidement mis au diapason alors que Jamis et Noah lui montraient avec enthousiasme l’herbe en question.

Chet grogna et secoua la tête. Peu importe ce qu’ils en pensaient, ces mauvaises herbes n’étaient pas cool.

Un mouvement subtil de l’autre côté du champ attira son attention. Il se tourna dans cette direction et se figea. Alec et Zercy sortaient de la forêt et se dirigeaient vers la porte arrière du château.

Eh bien, eh bien, eh bien… Regardez-moi ça ! Le Boss fait une apparition-surprise…

Le trio cessa de parler et suivit son regard.

Ainsi que Zaden.

Je me demande ce qu’ils font.

Pour moi, on dirait qu’ils se promènent.

Jamis haussa un sourcil.

Wow ! Cap a l’air plutôt détendu.

Chet les étudia, intrigué. Aucun des deux n’avait remarqué l’équipe. Ils étaient trop pris par leur discussion semblait-il. La posture d’Alec paraissait relaxée alors qu’il marchait à côté de Zercy. Le roi donnait l’impression d’être content aussi, gesticulant de temps en temps. Et bien qu’ils soient loin d’eux, Chet aurait pu jurer avoir vu Alec sourire.

Comme s’il s’amusait. Passait du bon temps avec leur ravisseur.

Chet fronça les sourcils et serra la mâchoire. Cette vibration que le capitaine projetait ferait mieux de n’être qu’une façade, motivée par des arrière-pensées. Du style tenter de persuader le roi de laisser l’équipe partir. Il n’y avait aucune autre raison légitime d’avoir l’air aussi amical.

Noah les observait aussi en silence, jusqu’à ce qu’ils franchissent la porte, ses prunelles brunes paraissant soudain plus sombres.

Zaden sembla le remarquer et cogna doucement son épaule.

Ça va, mec ? murmura-t-il.

Noah hocha la tête et haussa les épaules.

Zaden fronça les sourcils et refit son geste.

Tu penses à Gesh ?

Noah soupira, ne le niant pas, et baissa les yeux vers son dessin, avant de relever la tête et de croiser le regard de Zaden.

Sois honnête, répondit-il doucement. Aimerais-tu revoir Naydo ?

Zaden se figea à sa question. Manifestement, il ne s’y attendait pas. L’expression pensive, il évita son regard et lança une autre pierre.

Peut-être ? Je ne sais pas. Ce serait stupide. Il a aidé à nous vendre. Et ce n’est pas comme s’il attendait à me revoir.

Il se retourna vers Noah. Lui offrit un pauvre petit sourire.

Naydo et moi… Nous n’étions pas comme Gesh et toi.

Noah lâcha un petit rire et baissa de nouveau son regard.

Gesh et moi, nous n’étions pas ce que je pensais…

Si, vous l’étiez. C’était évident. C’est juste un connard.

Noah ricana.

Tout à fait. Un énorme connard stupide.

Son sourire disparut.

Mais à la fin, mec – et je sais que cela peut paraître ridicule – j’avais l’impression qu’il était mon connard stupide.

Chet les fusilla du regard, incapable de supporter un autre mot.

Avez-vous perdu la tête ? Vous voulez revoir ces salauds ? Ils referaient exactement les mêmes conneries. Nous baiser littéralement et figurativement.

Jamis et Bailey marquèrent une pause au beau milieu de leur conversation et se tournèrent vers eux.

Chet poursuivit sa harangue, son ressentiment augmentant.

N’oubliez pas que s’ils n’avaient pas été là, nous ne retrouverions pas dans cette situation de merde. Vendus en tant qu’animaux de compagnie à une autre bande de cons. Nous obligeant à faire des trucs complètement tordus. Dieu seul sait ce qu’ils exigeront de nous la prochaine fois ! Bordel, en fait, ils ne valent pas mieux que le clan de Gesh. Ils nous baiseront aussi, cela ne fait aucun doute dans mon esprit. Dès que Zercy commencera à s’ennuyer de ses nouveaux jouets brillants. Et que nous arrivera-t-il alors, hein ? Hein ? Ce n’est pas comme si nous avions le moindre contrôle de cette situation.

Avec irritation, il indiqua le château massif, baigné de lumière blanche.

Notre destin est entre leurs mains ! De ces foutus Kríe ! Grâce à cet autre trou du cul de Kríe ! Leur espèce n’est qu’un ramassis de sombres abrutis !

Ses coéquipiers hochèrent la tête. Il avait raison et ils le savaient.

Soufflant un juron, Chet fronça les sourcils et se frotta la tête.

Nous devons élaborer un plan. Je dois foutre le camp d’ici et retourner à cette putain de balise pour que cette merde n’arrive pas aux autres !

Jamis lui adressa un faible petit sourire.

Nous devons sauver l’équipe de sauvetage.

Quelque chose dans ce genre-là, acquiesça Chet, laissant retomber sa main.

Bailey se renfrogna devant le journal en cuir qu’il tenait dans sa main.

Je suis toujours énervé qu’ils m’aient pris ma tablette. Je n’aurais pas besoin de ceci s’ils n’y avaient pas touché. J’aurais pu prendre des centaines de photos haute résolution jusqu’à maintenant.

Zaden secoua la tête et lança une autre pierre.

Ouais, ma musique me manque. J’en ai installé suffisamment dans la bibliothèque de ma tablette pour tenir une décennie.

Jamis gémit.

Oooh, mec ! Pouvoir entendre des chansons de qualité… J’en ai tellement marre des tambours et des flûtes !

Vraiment ? fit Zaden en riant.

Le premier rire que Chet avait entendu de sa part depuis des jours.

Quelqu’un par ici a besoin d’inventer une guitare. Bordel, j’accepterais même un ukulélé à ce stade.

Hey ! lança Jamis, en plaisantant. Les ukulélés sont cool.

J’avais l’habitude de jouer du violoncelle, révéla Bailey avec un sourire.

Du violoncelle ? répéta Chet.

Ouais, mon gars. Ce truc était énorme. J’ai commencé quand j’étais jeune, donc il atteignait littéralement mon… Whoa ! lança Bailey, s’interrompant soudain, les yeux fixés sur quelque chose, en direction du lac. Avez-vous vu ça ?

Il montra un gros rocher protubérant.

Chet se tourna dans la direction indiquée, avant d’agiter la tête de gauche à droite.

Je ne vois rien.

Moi non plus, renchérit Zaden.

Jamis fouilla les ombres profondes.

Qu’as-tu repéré ? Un octo-poisson ?

Un type ! balbutia Bailey. J’ai vu un gars ! Avec de longs cheveux turquoise ! Dans l’eau ! Il n’y avait que sa tête et ses épaules qui étaient visibles.

Chet grogna.

Te fous pas de moi !

Je le jure ! Il se tenait juste là ! Immobile près de ce rocher et il nous observait !

Noah et Jamis refermèrent brusquement leurs livres, l’excitation faisant briller leurs prunelles.

Zaden scruta prudemment l’endroit en question.

Il nous surveillait ?

Oui !

Bailey se précipita vers le rebord et se mit à quatre pattes.

Regardant tout autour de lui, il opina de la tête à plusieurs reprises.

Son visage était partiellement couvert par ses cheveux, toutefois nos regards se sont croisés.

Il se figea soudain, comme s’il avait brusquement pris conscience de quelque chose.

Bordel ! Et si…

Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule en direction des membres de son équipe.

Et si c’était le mec de la rivière ?

Noah haussa les sourcils.

Oooh, merde ! Tu veux dire le type qui a attrapé ta cheville ?

Oui ! rayonna Bailey.

Jamis cligna des yeux, puis éclata de rire.

Oh, mon Dieu, Bay ! C’est officiel ! Tu es obsédé par ton amant sirène.

Le sourire éclatant de Bailey se transforma et il arbora un air colérique.

Je ne l’ai pas imaginé, putain ! Je l’ai vu ! Il était là !

Bien sûr… ricana Chet. T’a-t-il envoyé des baisers pleins de bulles ?

Va te faire foutre ! grommela Bailey.

Il revint vers eux et attrapa son journal.

Je vais dessiner ce mec et vous le montrer. Les sirènes sont réelles.

Je te crois. Techniquement, ce n’est pas leur nom.

Zaden fixa le lac.

Naydo les a appelés des Oonmaiyos.

Bailey se figea, puis se tourna brusquement vers lui.


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